Foire aux questions
Ma démarche ma vision
Pourquoi avez-vous choisi la photographie documentaire ?
La photographie documentaire correspond à ma manière de regarder le monde : observer avant d'agir, comprendre avant de cadrer.
Je suis attirée par les situations réelles, les relations humaines, les lieux en transformation et les petits événements qui racontent quelque chose de plus vaste.
Je n'arrive jamais avec une histoire préécrite : je préfère laisser la situation m'apprendre ce qu'elle a à montrer.
Cette exigence de présence sans mise en scène vaut aussi bien pour un reportage de mariage que pour un suivi de chantier ou un projet personnel — seul le contexte change, pas la manière de regarder.
Quelle est la différence entre une photographie documentaire et une photographie « classique » ou posée ?
La photographie posée construit une image ; la photographie documentaire en révèle une.
Dans une démarche posée, le photographe dirige : il choisit la position des corps, l'expression, parfois le décor. Dans une démarche documentaire, mon rôle est différent. Je cherche à comprendre ce qui se joue réellement dans une situation (une relation, un métier, un lieu, un événement) et à en restituer la vérité avec une exigence esthétique forte. Les deux approches ne s'opposent pas nécessairement : je peux, au sein d'un même reportage, capter des moments spontanés et composer quelques images plus construites lorsque le contexte s'y prête. Mais l'intention de départ n'est jamais de fabriquer une scène qui n'existerait pas sans moi.
Pourquoi photographier le quotidien ?
Parce que le quotidien est rarement aussi banal qu'il en a l'air.
Les habitudes, les gestes répétitifs, les les lieux ordinaires où nous vivons racontent les liens qui nous unissent. La photographie permet de prendre conscience de cette richesse, souvent invisible lorsque nous sommes simplement en train de la vivre.
Qu’est-ce qu’une photographie réussie selon vous ?
Une photographie réussie est une image à laquelle on pense encore longtemps après l’avoir regardée.
Elle peut être belle, surprenante, drôle, étrange ou émouvante. Mais surtout, elle doit provoquer quelque chose : une question, une sensation, un souvenir, ou l'envie de la regarder à nouveau. Une image qui se referme sur elle-même dès le premier regard, aussi techniquement parfaite soit-elle, n'a pas pour moi la même valeur qu'une image qui continue à résonner.
Pourquoi travaillez-vous principalement en couleur ?
La couleur possède une grande puissance narrative : elle permet de restituer une atmosphère et une époque qu'un traitement en noir et blanc effacerait.
J'aime notamment travailler sur les associations de couleurs naturelles présentes dans une scène, et sur la manière dont elles structurent une image et guident le regard, presque au même titre qu'une composition ou un cadrage.
Pourquoi dites-vous que votre photographie raconte « le mouvement de la vie » ?
Parce que je m'intéresse moins aux situations figées qu'à ce qui est en train de se passer.
Le mouvement peut être celui d'un corps, d'une famille, d'un chantier, d'une entreprise ou d'un territoire. Il peut aussi être plus subtil : une relation qui évolue, un lieu qui change, une génération qui transmet quelque chose à la suivante. La photographie me permet de saisir ces instants où quelque chose est en train de devenir — ni tout à fait avant, ni tout à fait après.
Quelles sont vos influences ?
Mes influences viennent de la photographie, mais aussi du cinéma, de la peinture, de la littérature, de l'architecture et du design.
Je m'intéresse particulièrement à la manière dont ces disciplines utilisent le cadre, la lumière, le rythme, l'espace et la narration pour produire une émotion ou raconter une histoire. Cette curiosité pour d'autres formes de narration nourrit directement mes choix photographiques, qu'il s'agisse d'un cadrage ou d'une construction de récit.
Que souhaitez-vous transmettre à travers vos photographies ?
Oui. L’état initial est souvent essentiel pour comprendre la transformation d’un lieu.
Photographier avant, pendant et après les travaux permet de construire une véritable narration de la métamorphose du bâtiment.
Comment votre passé de juriste influence-t-il votre regard ?
Mon parcours de juriste a développé chez moi une attention particulière à l'observation, à l'analyse des situations et aux relations entre les individus.
La photographie m'a ensuite permis de déplacer cette capacité d'observation vers le sensible. Aujourd'hui, je cherche à comprendre une situation avant de la photographier, afin de produire des images qui aient à la fois une force esthétique et un sens.
Quelle place accordez-vous au hasard ?
Une place essentielle : le documentaire repose en partie sur l'acceptation de ce que l'on ne peut pas prévoir.
Le hasard peut faire surgir une rencontre, une lumière, un geste ou une situation inattendue. Mon travail consiste alors à être suffisamment attentive et disponible pour reconnaître cette possibilité lorsqu'elle apparaît, plutôt qu'à chercher à la contrôler.
Quel est votre objectif en tant que photographe ?
Mon objectif est de créer des images qui aient du sens pour les personnes et les organisations que j'accompagne, et qui gardent une valeur au-delà de l'instant où elles sont prises.
Pour une famille, cela peut devenir une mémoire intime. Pour une entreprise, une mémoire collective et un outil de communication. Pour un chantier, la trace tangible d'une transformation. Pour un projet personnel, une réflexion plus large sur notre manière d'habiter le monde. Dans tous les cas, je cherche à documenter le réel sans le banaliser, à en révéler la beauté sans la fabriquer artificiellement, et à construire des récits visuels capables de continuer à vivre longtemps après le reportage.
Menez-vous des projets personnels en parallèle de vos commandes ?
Oui, ce travail d'autrice est indissociable de ma pratique. Cela me permet d'explorer des sujets sur un temps long, sans commande ni cahier des charges.
Je développe actuellement plusieurs séries. Sur les aires d’autoroute, ces espaces souvent perçus comme des « non-lieux », pour reprendre le concept de l'anthropologue Marc Augé. Sur la fashion week, en m’intéressant au hors-champ, à ce qui se joue autour des défilés.